Qui sont les judéo-nazaréens, ancêtres des musulmans ?

Qui sont les judéo-nazaréens, ancêtres des musulmans ?

Brooklyn_Museum_-_Reconstruction_of_Jerusalem_and_the_Temple_of_Herod_(Réconstitution_de_Jérusalem_et_du_temple_d'Hérode)_-_James_TissotLes travaux historiques ont apporté une connaissance toujours plus fine de ce groupe si important par l’influence qu’il aura dès la fin du premier siècle, dans des milieux et sous des formes très diverses.Groupe ethniquement juif (et de langue araméenne, comme les Hébreux), il s’est accaparé l’appellation de « nazaréen » (donc « judéonazaréen »).

Ce nom avait été donné premièrement à Jésus lui-même selon ce qui se trouvait écrit au sommet de la croix (le titulus crucis), puis, durant très peu de temps, à ses disciples. En tant qu’il désigne ensuite un ou des groupes séparés des judéochrétiens, cette dénomination devint assez floue sous la plume des auteurs occidentaux antiques ; une désignation plus précise a été rendue nécessaire, celle de « judéonazaréens », ayant pour elle de rappeler l’origine lointainement judéenne de ce groupe.

Il s’agit donc de Juifs messianistes, adeptes dévoyés des apôtres de Jésus, et qui n’ont vu dans la révélation judéochrétienne que le moyen de réaliser un rêve politico-religieux.Au fil de leur exil en Syrie, leur doctrine religieuse va se développer, se singulariser et finir par déclencher une cascade d’événements qui changeront la face du monde.

Cette doctrine religieuse procédait d’un système élaboré de justification : les judéonazaréens se considèrent comme les Juifs véritables et comme les seuls vrais disciples de Jésus. En tant que Juifs, ils conservent scrupuleusement les coutumes et la loi ancestrale articulées dans la révérence aux écritures saintes, à la Torah. Ils conservent aussi la vénération du temple, bien que détruit pour le moment, la vénération de la terre promise et du peuple « ethnique » juif, du peuple élu par Dieu.

Cette élection se ramène cependant à eux seuls, car ils se considèrent comme les véritables Juifs, dans la continuité de ce qu’ils sont « ethniquement », mais en s’inscrivant en opposition par rapport au mouvement pharisien qui donnera la réforme rabbinique que nous avons mentionnée. En effet, contrairement aux autres, ils ont reconnu en Jésus le messie annoncé par les écritures, venu pour libérer la terre sainte, rétablir la royauté, rétablir la vraie foi (en chassant les autorités juives corrompues par le truchement des Romains) et le vrai culte du temple (ce qu’il n’avait pu faire), bref, libérer et sauver le monde.

Injustement condamné, il n’a pas été exécuté car il a été heureusement enlevé par Dieu vers le « Ciel » d’où il reviendra prendre la tête des armées le moment venu pour conclure sa mission. Ainsi adviendra la « royauté de Dieu sur la terre ». Ils veulent voir la preuve de la vérité de leur croyance et de la justesse de leurs reproches aux « Juifs infidèles » dans l’échec des folies insurrectionnelles successives contre les Romains et la destruction du temple de Jérusalem : Dieu a désavoué et châtié tous ces faux Juifs !

Ils se considèrent aussi comme les vrais chrétiens face à tous ceux qui ont suivi les apôtres, en refusant de croire que Jésus a pu mourir crucifié (et ressusciter) et donc que la présence divine est vraiment en lui. Ils croient quant à eux que Jésus a été enlevé par Dieu, et attendent son retour. Cette réinterprétation du témoignage des apôtres nie donc que Jésus se soit « relevé d’entre les morts » (ce qui contredirait la prédiction de Jésus dans laquelle les judéonazaréens veulent croire à l’annonce d’une reconstruction physique du temple – cf. note 36).

Ils accusent donc les judéochrétiens de s’être trompés, de s’être dévoyés. Ils disposaient pourtant du témoignage des apôtres : le recoupement des sources indique que l’évangile de leur liturgie était l’évangile de Matthieu, en araméen bien sûr (comme celui des judéochrétiens, et de l’Eglise de l’Orient assyro-chaldéenne jusqu’à nos jours). Ils lui ont toutefois fait subir les retouches propres à fonder leur doctrine. Car bien entendu, ni dans cet évangile tel qu’il a été conservé par les judéochrétiens, ni dans les trois autres, n’est attendu un messie qui reviendrait « terminer le travail » qu’il n’avait pas pu mener à bien à cause de l’opposition du pouvoir religieux du temple : à savoir reconstruire le temple, prendre la tête des armées constituées par les vrais croyants, les élus, pour vaincre les forces du mal et établir définitivement le royaume de justice et de félicité sur la terre. Ce dont témoigne le Nouveau Testament, dont font partie les quatre évangiles, c’est l’espérance des apôtres en une « venue glorieuse » de Jésus. Il ne s’agit justement pas d’une venue sur terre mais au-dessus et partout, de manière à être vue par tous.

Les circonstances d’un tel événement sont plutôt difficiles à imaginer, mais le rapport avec un « jugement » apparaît évident : dans la perspective des apôtres, la confrontation à cette vision impossible à nier amènera chacun à prendre position, et dès lors à être jugé par le « juste juge » qu’est Jésus. Bien entendu, les judéonazaréens nient fondamentalement la dimension divine de Jésus. Ils accusent les judéochrétiens d’avoir « associé » à Dieu un Fils et un Esprit Saint. Au contraire, ils affirment : « Je témoigne de ce que Dieu est un et il n’y a pas de dieu excepté lui » ! La distance est donc énorme entre ce que les apôtres ont enseigné et la contrefaçon messianiste que les judéonazaréens en ont faite. Et il apparaît déjà une certaine parenté entre cette contrefaçon et ce qu’affirme la profession de foi musulmane…

Vrais Juifs, vrais chrétiens, les judéonazaréens renvoient ainsi très habilement dos à dos les Juifs rabbiniques et les chrétiens, en se plaçant au dessus d’eux. Vrais Juifs et vrais chrétiens, ils se considèrent comme les héritiers uniques et véritables d’Abraham, les « purs ».

20131127-190418-gLeur installation en Syrie, sur le plateau du Golan, puis par la suite jusqu’au Nord d’Alep – toujours à l’écart des païens et des impurs – est vécue comme une forme de nouvel exode au désert. A l’image du peuple hébreu sortant d’Egypte et conduit par Moïse, il s’agit d’un temps de purification et de préparation. Le vin sera ainsi interdit à tous les consacrés à Dieu jusqu’au jour du retour du Messie. Leurs « messes » seront célébrées par leurs prêtres avec de l’eau à la place du vin. C’est ainsi que Clément d’Alexandrie s’en prend au 3e siècle aux « hérétiques qui utilisent le pain et l’eau dans l’oblation, en dehors de la règle de l’Eglise. Car il en est qui célèbrent l’eucharistie avec de l’eau pure » (Stromates, I, 96).

Se purifier soi-même n’est qu’un préalable dans le projet des judéonazaréens de purifier le monde pour le sauver de son mal et de son injustice. Leur « recette du monde parfait sur terre » inclut la reconquête et la purification de la terre sacrée (Israël), de la ville sacrée (Jérusalem), pour que les purs puissent accéder aux lieux saints, rebâtir le temple saint dans les conditions de pureté requises et y réaliser les rites et sacrifices. C’est comme cela que sera alors provoqué le retour du messie. Et avec le messie à leur tête, les judéonazaréens sauveront le monde de son mal, de son injustice, contre lui-même s’il le faut.

Dans cette vision, on voit que s’affrontent deux parties de l’humanité : celle qui travaille au salut et celle qui s’y oppose. Les purs et les impurs. A l’aune de cette vision idéologique, de cette surréalité, la morale se transforme : est jugé bon, juste, vrai, noble tout ce qui contribue au projet ; est jugé mauvais, exécrable, blâmable, faux, à anéantir tout ce qui y fait obstacle. Est également jugé mauvais tout ce qui dévie du projet. Les femmes, par exemple, considérées comme tentatrices, détourneraient les justes de leur combat. On imagine quel sera donc leur statut et la sujétion qu’il faudra leur imposer.

De la même manière, tout mouvement divergeant de la foi pure, toute pensée dissidente sont donc à combattre absolument. Et au-delà, cette conception messianiste du monde nourrit un système d’autojustification particulièrement pervers : « Je suis pur dans un monde impur, de fait il attente à ma pureté et je suis donc sa victime, je dois purifier le monde mais il me résiste – c’est la preuve de son impureté et de ma pureté ». C’est la caractéristique même de la schizophrénie : refuser la réalité, s’enfermer dans un monde imaginaire, refouler le réel, ce qui ne peut qu’aboutir à des délires violents de persécution.

Les judéonazaréens (également nommés ébionites, comme leurs détracteurs chrétiens les ont appelés dans les premiers siècles) observent alors la marche du monde sous l’angle de leur doctrine : avant eux, un passé de ténèbres qui a rejeté les messagers de Dieu, demain un avenir radieux par le triomphe de la vraie religion (la leur), le redressement du temple et le retour sur terre du messie ; et en attendant, un temps présent hostile fait d’ennemis de la foi, de guerres et de conflits dont l’issue ne peut que les conforter dans leur croyance.

Et effectivement, c’est ce qui se passe sous leurs yeux dans l’affrontement des Perses (Parthes) et des Romains. Les Juifs avec la réforme rabbinique ont horrifié les judéonazaréens : avec les talmuds, ils ont osé adjoindre aux écritures sacrées de nouveaux textes écrits de main d’homme. Ils ont osé remanier, dissimuler, recouvrir dans leur réforme certains textes anciens mentionnant le messie !

Après l’expulsion des Juifs par les Romains, même si nombre d’entre eux reviennent s’établir en Judée, leur centre de gravité s’est déplacé vers l’empire perse où ils étaient présents de très longue date. Ils y influencent les Perses dans leur lutte millénaire contre l’empire (gréco-)romain pour le contrôle du Moyen-Orient, au point que les judéonazaréens en viennent à les confondre. Le sanhédrin rabbinique s’est en effet installé en Perse au 3e siècle. Et en face des Perses, voici l’empire romain qui se christianise, qui représente l’hérésie chrétienne aux yeux des judéonazaréens (empire devenu l’empire byzantin après la partition de Dioclétien).

Si les Juifs rabbiniques et les chrétiens, les deux ennemis de leur vraie religion, s’étripent sous leurs yeux dans des guerres incessantes et stériles, c’est bien que Dieu les y conduit. Voilà qui justifie davantage les judéonazaréens… Et par-dessus le marché, pendant toutes ces années, les insurrections juives d’inspiration plus ou moins messianistes se succèdent (révolte de 351-353 en Galilée, sous Gallus César, révolte de 530 conduite par le faux messie Julien) et les tentatives de reconstruction du temple ne cessent d’échouer… Comme celle de 360-362 entreprise par l’empereur Julien l’Apostat qui avait pris les Juifs rabbiniques sous son aile.

Elles ne font que conforter les judéonazaréens : eux seuls pourront libérer la Terre et Jérusalem, eux seuls pourront relever le temple.

Olaf – Le grand secret de l’islam (2004) – Télécharger le pdf

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